ConformitéMar 06.10.2026Durée4 min de lecture

Zapier loi 25 Québec : vos flux sont-ils conformes ?

Zapier et loi 25 au Québec : ce qui sort du Québec à chaque formulaire, ce que prévoit l’article 17, et comment réduire les données envoyées aux États-Unis.

Adib Ghamri

Adib Ghamri

Zapier loi 25 Québec : vos flux sont-ils conformes ?

Zapier loi 25 Québec : la réponse directe

Dès qu’un flux Zapier transmet des renseignements personnels vers les États-Unis, l’article 17 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé prévoit une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée avant la communication. Une piste technique consiste à remplacer ces données par des jetons au Québec avant l’envoi, pour réduire ce qui sort du Québec. Ce que la loi exige ensuite pour ce qui sort encore est une question à valider avec un juriste.

Le présent article décrit le texte légal et détaille un patron d’architecture technique pour protéger vos opérations ; il ne constitue pas un avis juridique.

Ce qui traverse la frontière chaque matin dans votre PME

Dans une entreprise type de 25 employés, un prospect remplit une demande de soumission sur un site web. Un webhook transmet immédiatement le nom complet, le numéro de cellulaire, le courriel et l’adresse civique à un connecteur Zapier pour créer une fiche dans un logiciel de gestion et expédier une alerte dans une boîte de réception.

Ce geste paraît anodin, mais les serveurs de Zapier traitent et stockent leurs tâches sur l’infrastructure d’Amazon Web Services située aux États-Unis, principalement dans la zone us-east-1 en Virginie du Nord. Le texte de l’article 17 vise justement la communication de renseignements personnels à l’extérieur du Québec : il prévoit une évaluation préalable des facteurs relatifs à la vie privée et une entente écrite. C’est ce que dit la loi ; la façon dont elle s’applique à votre flux précis se vérifie avec un juriste.

Selon un sondage mené par la Banque de développement du Canada en septembre 2024, 61 % des PME interrogées estiment que plus une entreprise est grande, plus elle risque d’être ciblée, alors que 73 % disent avoir déjà subi un incident de cybersécurité. Statistique Canada rapporte de son côté qu’environ une entreprise canadienne sur six (16 %) a été touchée par des incidents de cybersécurité en 2023. Un flux Zapier se branche en quelques clics, et rien dans l’interface ne rappelle que les données quittent le Québec.

Pour les responsables qui supervisent la conformité et la facturation, laisser des renseignements personnels transiter sans contrôle dans des connecteurs étrangers expose l’organisation à des recours directs.

Le calcul : coût du risque juridique contre coût du relais technique

Ignorer le cadre réglementaire pour économiser du temps de développement est un calcul trompeur. La Commission d’accès à l’information peut imposer des sanctions administratives pécuniaires atteignant 10 000 000 $ CA ou 2 % du chiffre d’affaires mondial. Posons les chiffres pour une PME québécoise traitant 2 500 dossiers de clients par mois.

Élément analyséScénario direct sans filtrageScénario avec relais local sécurisé
Volume mensuel2 500 formulaires2 500 formulaires
Localisation du traitement initialÉtats-Unis (AWS us-east-1)Montréal (AWS ca-central-1 ou OVH Beauharnois)
Statut des données transmises à ZapierRenseignements personnels en clairIdentifiants opaques (UUID sans valeur nominative)
Évaluation des facteurs relatifs à la vie privéePrévue par l’article 17 (P-39.1)À valider avec un juriste selon ce qui sort encore
Coût d’infrastructure mensuelForfait Zapier Pro (~30 $ USD)Zapier Pro + Relais serveur (~15 $ CAD)
Exposition financièreSanctions administratives jusqu’à 10 000 000 $ ou 2 % du chiffre d’affaires mondialExposition réduite, sans garantie

Pour comprendre l’ensemble des composantes d’un projet d’intégration, consultez notre guide sur combien coûte une automatisation. L’écart financier entre un flux imprudent et un flux protégé se résume souvent à une quinzaine de dollars d’infrastructure par mois pour héberger un relais au Québec.

Comment on s’y prend : le relais de tokenisation locale

Pour conserver la souplesse de vos flux sans transmettre de données nominatives aux États-Unis, nous mettons en place un patron d’architecture en cinq étapes précises.

  1. Intercepter le déclencheur au Québec. Au lieu de faire pointer le formulaire de soumission vers l’URL de Zapier, faites-le pointer vers une passerelle située à Montréal, par exemple une fonction sans serveur ou une instance logicielle au Canada.
  2. Filtrer la charge utile. Supprimez immédiatement les champs non indispensables au déclenchement opérationnel, comme les zones de commentaires libres où les usagers inscrivent des détails confidentiels.
  3. Créer un jeton opaque. Générez un identifiant aléatoire de type UUIDv4 pour remplacer le nom et le courriel, puis stockez la correspondance dans une base chiffrée en AES-256 résidant exclusivement sur un serveur canadien.
  4. Hacher les clés de recherche. Si Zapier a besoin de vérifier si un contact existe déjà, appliquez un hachage HMAC-SHA256 au courriel avec une clé secrète locale qui ne quitte jamais le sol québécois.
  5. Envoyer la tâche anonymisée à Zapier. Zapier reçoit uniquement un identifiant technique, un montant et une catégorie de service pour orchestrer vos applications d’affaires sans jamais détenir de renseignement personnel.

Cette approche peut notamment être orchestrée avec une passerelle open source. Vous pouvez voir comment déployer ce type d’outil dans notre article sur n8n en PME québécoise. Le résultat est net : la logique d’affaires continue de tourner dans Zapier, mais la matière première sensible reste au pays.

Ce qui ne marche pas, et pourquoi

Plusieurs entreprises tentent des raccourcis qui ne résistent pas à une inspection réglementaire. Signer l’accord de traitement des données standard de Zapier ne suffit pas à valider vos transferts transfrontaliers. Cet accord s’appuie sur les règles européennes ou américaines, mais ne remplace pas l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée que prévoit l’article 17, qui tient compte du régime juridique de l’endroit où les données sont envoyées.

Une autre erreur fréquente consiste à masquer les trois premières lettres d’un courriel ou à remplacer un prénom par des astérisques. Selon l’article 23 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé et son règlement de mai 2024, une donnée n’est anonymisée que si le risque de réidentification demeure très faible en tout temps. Une simple dépersonnalisation réversible reste un renseignement personnel assujetti à la loi.

Enfin, beaucoup oublient l’historique des tâches de la plateforme. Même si votre application de destination purge les dossiers au bout de 24 heures, Zapier conserve les journaux complets des requêtes sur ses serveurs américains pendant plusieurs semaines. Pour creuser les questions d’outils tiers et de conformité légale, lisez également notre analyse : Peut-on utiliser l’IA au Québec sans enfreindre la loi 25 ?.

Les limites : ce que le filtrage ne règle pas

Le proxy de tokenisation n’est pas une baguette magique pour tous les cas de figure. Si votre flux d’automatisation a pour but explicite de faire envoyer un courriel marketing personnalisé ou un message texte par Zapier via un service tiers américain, l’adresse de destination devra forcément être transmise à un moment donné.

Dans cette situation, il reste deux voies : faire l’envoi depuis une infrastructure au Québec en utilisant le jeton comme référence, ou réaliser l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée que prévoit l’article 17. L’architecture technique protège les flux de synchronisation entre bases de données, mais elle ne dispense pas de tenir un registre des incidents de confidentialité, que la loi prévoit depuis septembre 2022.

L’entretien de ce relais demande également une surveillance minimale. Sur notre plateforme Fluvano, qui traite 1 240 exécutions de flux par jour sans erreur, chaque passerelle fait l’objet d’un suivi automatisé pour garantir qu’aucun rejet d’API ne provoque une perte de données.

Par où commencer : sécuriser vos flux dès aujourd’hui

Pour assainir vos automatisations sans perturber vos opérations quotidiennes, voici trois gestes concrets à poser cette semaine :

  • Ouvrez votre tableau de bord Zapier et listez les trois flux qui manipulent le plus gros volume de contacts entrants.
  • Consultez l’historique des tâches de ces trois flux et notez chaque champ contenant un courriel, un téléphone ou une adresse civique.
  • Isolez les flux qui peuvent fonctionner avec un simple identifiant technique sans avoir besoin du nom en clair.

Si vous voulez éliminer le risque légal sans ralentir vos ventes, je vous invite à réserver l’audit d’automatisation et de conformité. En deux semaines et pour 3 500 $, montant entièrement déduit du premier chantier, nous dressons la cartographie de vos flux et nous mettons en production un premier relais conforme.

Questions fréquentes

Zapier possède-t-il des serveurs de traitement de données au Québec ?

Non, Zapier n’offre pas d’hébergement localisé au Canada sur ses forfaits réguliers. L’ensemble des flux transite par les centres de données d’Amazon Web Services situés aux États-Unis, principalement en Virginie du Nord. Toute information personnelle envoyée vers l’outil quitte ainsi juridiquement le territoire québécois.

Un formulaire de contact sans numéro d’assurance sociale est-il visé par la Loi 25 ?

Oui, car tout renseignement permettant d’identifier directement ou indirectement une personne physique constitue un renseignement personnel. Un simple courriel professionnel nominatif ou un numéro de téléphone cellulaire suffit à déclencher l’application de la Loi 25 lors d’un transfert hors de la province.

La signature de l’entente de traitement des données de Zapier suffit-elle ?

Non. Cette entente type est rédigée surtout en fonction du RGPD européen et du droit américain. Elle ne remplace pas l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée que prévoit l’article 17 de la loi québécoise avant de communiquer des renseignements personnels à l’extérieur du Québec, et qui tient compte du régime juridique du pays de destination.

Quelle est la sanction maximale prévue en cas d’infraction à la Loi 25 ?

Les pénalités administratives imposées par la Commission d’accès à l’information peuvent atteindre 10 000 000 $ CA ou 2 % du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise. En matière pénale, les amendes devant les tribunaux peuvent grimper jusqu’à 25 000 000 $ CA ou 4 % du chiffre d’affaires mondial.

Sources

Les sources extérieures citées dans cet article :

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Adib Ghamri

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Adib Ghamri

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